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Durant toute mon enfance, que j'ai passée en Hongrie, je me suis senti étroitement lié à la science, un sentiment auquel mon père, professeur de biologie, ingénieur et muséologue, et ma mère, professeur de mathématiques, ont certainement beaucoup contribué. Je suis cependant persuadé qu'en plus de notre motivation personnelle, les jeux du hasard prennent un rôle majeur dans le déroulement d'une carrière scientifique, un peu comme dans l'évolution naturelle. Par exemple, c'est par un pur hasard qu'à l'âge de 10 ans je me suis retrouvé dans une école qui se spécialisait dans l'apprentissage du français. Je me rappelle que cela ne me plaisai t guére à l'époque, mais il s'est avéré que parler le français deviendrait trés rapidement un atoût majeur dans ma carriére scientifique.

C'est à l' Université de Szeged (au Sud-Est de la Hongrie) que j'ai commencé mes études de biologie et en 1989, j'avais ma maîtrise en poche. Etant alors spécialisé en anthropologie biologique, j'ai commencé un doctorat au Département d'Anthropologie à la même université. C'est ici que le français a commencé à me devenir trés utile. Pour mener à bien mon projet de recherche dans l'étude des traces ostéo-articulaires de pathologies sur les restes humains anciens, j'avais besoin de trouver quelqu'un avec qui coopérer qui soit spécialiste à la fois en rhumat ologie et en anthropologie biologique. La Hongrie étant trop petite pour trouver cette rare espèce de chercheurs, je me suis tourné vers les pays étrangers, avant tout francophones. Et c'est finalement à Marseille que j'ai trouvé Olivier Dutour, ce rhumatologue-paléoanthropologue (à l'époque chercheur au CNRS et actuellement professeur à la Faculté de Médecine de Marseille) qui allait accepter de diriger ma thèse en co-tutelle franco-hongroise, celle-ci se déroulant conjointement à l' Université de Provence à Aix-en-Provence et l'Université de Szeged.

Après avoir obtenu mon titre de doctorat (PhD) en 1993 j'ai continué à travailler avec mon directeur de thèse français, dans ce qui était alors son nouveau département à l' Université de Marseille, tout en restant en contact avec mon département en Hongrie. Je dois beaucoup à cette coopération qui a été trés fructueuse pour ma carrière scientifique comme pour la sienne. En plus de mes activités de recherche, j'ai aussi pu gagner de l'expérience dans l'enseignement, en particulier dans la formation des étudiants en thèse, au sein des universités de Szeged et de Marseille.

Au cours des années qui suivirent, entre 1996 et 2000, je me suis battu pour faire accepter le domaine de la paléo-épidémiologie à la communauté scientifique (notre discipline était alors seulement naissante), pour organiser des coopérations internationales et obtenir des fonds. C'est ainsi sans le savoir que je me préparais déjà pour ce qui allait être mon prochain métier, celui de diplomate scientifique? A titre d'exemple, je ne citerai que le colloque international sur l'évolution de la tuberculose que nous avons organisé en Hongrie en 1997, en coopération franco-hongroise. Pour mener à bien ce projet, il nous a fallut préparer et faire signer une convention internationale à trois universités, réunir des spécialistes de 6 domaines scientifiques et nombreux pays différents, ainsi que faire bouger de nombreux politiciens, diplomates, et même le Présiden t de la République de Hongrie? J'ai certainement appris énormément de cette expérience!

Ensuite, en l'an 2000, un autre coup du hasard a eu un effet hélas moins positif dans ma carrière scientifique: pour des raisons familiales, j'ai n'ai pas pu continuer mon activité d'enseignant-chercheur à Marseille et ai dû retourner en Hongrie. Au bout de six mois de recherche d'emploi sans résultats (chaque fois j'étais considéré «trop qualifié»), j'ai écouté les conseils de mon épouse, et envoyé mon CV et un message électronique à Monsieur le Ministre de l'Education de l'époque en Hongrie. Probablement au bon moment... C'était ainsi qu'au cours du printemps 2001 je me suis retrouvé à Budapest en tant que conseiller du Département de la Recherche Universitaire du Ministère de l'Education, mais aussi en chercheur à mi-temps au Département d'Anthropologie du Musée Hongrois d'Histoire Naturelle.

Ces deux postes m'ont permis de continuer à avancer dans ma carrière scientifique tout en apprenant à mieux connaître le fonctionnement de l'administration gouvernementale. Mais ce qui était pour moi le plus important est ce que cela m'a permis de contribuer à des programmes qui visaient à promouvoir l'activité scientifique des jeunes chercheurs (et étudiant-chercheurs) de Hongrie. En particulier, j'ai commencé à travailler sur un projet international qui m'est trés cher, celui de la création d'une «World Academy of Young Scientists» (dont le site internet WAYS sera bientôt disponible (http://www.waysnet.org) en collaboration avec Marta Maczel, une scientifique hongroise brillante et motivée que j'avais supervisée à Marseille e n tant qu'étudiante (pour plus de détails sur WAYS lisez l'article que Marta a écrit elle-même.)

Ma carrière prit une nouvelle tournure au cours de l'année 2002, avec l'obtention du poste d'attaché scientifique de l' Ambassade de Hongrieà Paris pour une durée de 4 ans. Ce résultat a récompensé tous les mauvais souvenirs d'une période pleine de stress: la sélection des candidats s'est faite en effet sous la forme d'un concours en 6 temps (ce qui a pris trois mois) géré par deux organisations (dans le système hongrois, ces postes sont sous la double tutelle du Ministère des Affaires Etrangères et de l'Office Nationale de la Recherche et de la Technologie). En plus de nos connaissances sur la recherche scientifique des deux pays d'origine et d'accueil, nos connaissances linguistiques et dans le domaine de la diplomatie et de l'administration ont été également testées. Bien sûr l'expérience que j'avais accumulée au cours des douze années précédentes m'a énormément aidé à réussir ce concours.

Voila bientôt 2 ans que je travaille en tant qu'attaché pour la science et la technologie, et ce travail s'est avéré encore plus intéressant que je ne l'avais imaginé. Il est loin d'être limité à la promotion de coopérations scientifiques bilatérales, l'organisation de visites et rencontres pour les acteurs de la recherche, l'administration ou la politique scientifique de Hongrie ou encore la représentation de la science hongroise à l'étranger. Il est en effet également ma responsabilité de promouvoir le rapprochement des secteurs académiques et privés, les partenariats visant à l'innovation, et de contribuer ainsi à la construction de l'espace européen de recherche? Pour donner un exemple de ces activités, je vais évoquer notre nouveau projet franco-hongrois en biotechnologie. Suite à nos conseils, le Président de la République Franà 7aise et le Premier Ministre Hongrois ont récemment proposé la création d'un centre franco-hongrois dans ce secteur et je suis actuellement à la recherche de partenaires dans la réalisation de ce projet ambitieux.

Selon un proverbe hongrois (n'oublions pas que les «Magyars» sont un ancien peuple de cavaliers) «Il est difficile de monter plusieurs chevaux à la fois». Je ne doute nullement de la vérité de cette ancienne sagesse, car je vois combien il m'est difficile de poursuivre de nouvelles activités tout en essayant de conserver les précédentes. Mais je dirais que malgré tout, ce n'est pas impossible -- il faut seulement savoir se donner des limites et apprendre à les respecter. Actuellement, mes travaux de recherche sont limités aux vacances et aux weekends. Mais, en tant que vice-président de l'Association des Paléopathologistes Francophones (GPLF), je participe à l'organisation d'événements scientifiques dans notre discipline. Et bien que mon travail de diplomate ait ralenti mes recherches scientifiques considérablement, ce poste m'aide beaucoup à continuer à prendre part dans l'organisation de WAYS, grâce à mes contacts et aussi à la présence de nombreux organisations telles que l' UNESCO, l' ICSU et l' OECD à Paris.

Je ne sais pas encore vraiment quelle va être la direction que je vais prendre en 2006 quand ma courante mission diplomatique va s'achever. Mais une chose est sûre: quand on a une passion pour la science, elle ne nous quitte jamais? Et les moyens d'assouvir cette soif sont nombreux: on peut être chercheur, diplomate ou un mélange des deux par exemple.